Ma feuille blanche

Je souffre d’un syndrome pénible et ennuyeux. Je n’ai pas la conviction définitive. Bien entendu j’ai des convictions affichées et je les défends avec la même mauvaise foi que tout humain qui se respecte. Mais au delà de ce qui est affiché, au delà de la conviction publique, je sais avec une bonne foi absolue que ma conviction vaut aussi bien que celle de ceux qui opposent des avis inverses ou contradictoires.
Prenons un exemple simple : Je suis devant un arbre, je regarde une belle feuille verte de toute sa chlorophylle. Si un quidam arrive et me dit : “Tiens, la belle feuille blanche !”. Bien entendu s’il m’engage dans sa conversation je vais tenter de lui faire voir la feuille aussi verte que je la vois. J’ai la science, la norme et la majorité pour moi. Mais encore ? Je crois intimement savoir que la feuille peut tout à fait être blanche à ses yeux. La feuille dans ses yeux en dépit de toute la raison du monde peut tout à fait être blanche.
Énoncée ainsi, la chose peut sembler triviale, une pensée tordue d’un tordu. Mais plus je contemple les dégâts de ce que j’appelle le syndrome de la feuille blanche sur ma vie, mon rapport aux autres et mes sentiments, plus je me dis qu’il va bien falloir trouver une solution pour avoir des convictions indéboulonnables, absurdes et puériles comme y parvient tout le monde. Des choses comme « l’amour c’est beau, c’est éternel», « le travail c’est sain, c’est la santé », la morale et d’autres trucs indispensables à certains. Ces trucs qui leur offrent un but avec une explication toute faite, qu’ils ne questionnent jamais.
Mon syndrome m’empêche d’avoir une confiance absolue en qui que ce soit. Bien entendu le “qui que ce soit” commence par moi. Mon point de vue me devient étranger. Il prend une place équivalente à celle que prend celui des autres. Je me deviens comme tout les autres, insupportable et si indispensable.
Cela m’amène à une interrogation, une de plus. Les choses sont ce qu’elles sont parce qu’on les conçoit, ou elles sont simplement, sans nous ? Autrement dit, les choses ont-elles besoin de nous pour être ? Ou existe-t-elle malgré nous ?…
Si on considère que les choses ne sont pas faites par notre point de vue, mais malgré lui ; alors pourquoi la feuille serait-elle juste ce que je la vois être ? Chaque point de vue est valable et au delà d’être valable il est vrai !
Comment est-il possible de ne pas s’attacher intimement à ses convictions ? Qu’est-ce qui a bien pu m’éloigner des miennes ? Si jamais un jour je parvenais à comprendre cela. Si jamais dans le flot de pensées qui me transpercent en continu la cervelle je parvenais a déceler le pourquoi, je saurais certainement y apporter un remède.
Je veux devenir un être qui ne cherche pas à comprendre ce qui lui échappe, qui ne cherche pas à saisir l’intérêt du dogme. Ainsi je serai heureux. Con mais heureux.
- Ding !
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5 commentaires pour “Ma feuille blanche”
Kundera…
Je connais bien…
Cet auteur est un fondateur de quelque chose dans ma vie. Une relation qui a commencé comme « L’insoutenable légèreté d l’être »… Par le partage de ce roman. J’en ai lu quelques uns. Je les ai tous offerts à une personne qui en était amoureuse.
Cet auteur me fiche la trouille par sa vision NOIRE du monde…
Merci du commentaire
Bien à toi
al.
Le premier roman que j’aie lu de lui était une offrande la part d’un ami …
Depuis je peux affirmer, comme toi Kundera est le fondateur de quelque chose dans ma vie.
J’aime bien comment de chaque scène même la plus banale il arrive à en tirer de la métaphasique,
bien a toi
J’ai connu quelqu’un qui le connaissais très bien personnellement. Il m’avait rapporté que Kundera était un sceptique absolu, toujours inquiété par tout ! Il me disait que le jour où Milan voyait un chat noir dans la rue, il rentrait chez lui et ne sortait plus de la journée…
« L’insoutenable légèreté de l’être » m’avait donc été offert le matin même de notre nuit initiatique par fanette, appelant là ainsi, pour faire plaisir à Brel. On venait de consommer notre péché, elle avait pris le métro pour rentrer chez elle. Trois quart d’heures plus tard elle revenait avec ce livre, une banane tacheté et la mer de Debussy. C’était surréaliste et inquiétant… tout ce qu’il fallait pour que je tombe dangereusement amoureux.
Ce livre avait ouvert la porte sur huit années…
Tiens, je vais en faire un article à poster. tu vois que toi aussi tu m’inspires…
Bien à toi
al.
Je me mets en Veille en attendant ton prochain billet,
je vois déjà que tu excelles dans le genre kunderien, cette ambiance unique de mêler quotidien, habitude et réflexion …
Tu m’inspires bien plus cher ami ![]()
très bonne soirée
Bien à toi
bonjour ami ,
ton texte me renvoit vers Kundera , et l’excellentisme roman (risibles amour ) qui traite de la dualité entre le la lourdeur et la légèrté … le sérieux et la folie
voilà un extrait
Suppose que tu rencontres un fou qui affirme qu’il est un poisson et que nous sommes tous des poissons.
Vas-tu te disputer avec lui ?
Vas-tu te déshabiller devant lui pour lui montrer que tu n’as pas de nageoires ?
Vas-tu lui dire en face ce que tu penses ?” …
“Si tu ne lui disais que la vérité, que ce que tu penses vraiment de lui, ça voudrait dire que tu consens à avoir une discussion sérieuse avec un fou et que tu es toi-même fou. C’est exactement la même chose avec le monde qui nous entoure. Si tu t’obstinais à lui dire la vérité en face, ça voudrait dire que tu le prends au sérieux.
Et prendre au sérieux quelque chose d’aussi peu sérieux, c’est perdre soi-même tout son sérieux.
Moi, je dois mentir pour ne pas prendre au sérieux des fous et ne pas devenir moi-même fou
bon week : )