Elle ne viendra pas
J’attendais un petit bonheur. Comme un apaisement. Mais elle ne viendra pas.
J’ai une petite nièce, qui est en fait tout à fait ma petite soeur. Elle est la fille de ma mère. Mais tout à fait ma petite nièce. On est né en même temps à quelques années près. Le même mois, le même jour. Mon autre mois et mon autre jour. Mon autre moi un autre jour. Tout en émoi pour toujours.
Elle habite loin, de l’autre côté de la frontière. Celle qu’on escalade au mépris de sa vie, pour mieux mériter le mépris de ces seigneurs. Elle a été sage, elle a demandé un visa.
Après une année scolaire fatigante et son tonton lui manquant, elle m’a demandé de l’accueillir. Sur mon écran je lui écrivais “Tu verras on ira au Louvre, je te montrerai des merveilles, je te chouchouterai comme une petite princesse, ma petite soeur. On ira au théâtre. On s’émerveillera devant Notre Dame et on se perdra dans plein de rues” je lui disais “je te parlerai des Lumières et de ce roi décapité. Je te plongerai dans l’histoire d’un pays si beau”, elle a espéré. Tellement espéré.
Elle a pourtant été sage et a demandé un visa. Elle est scolarisée là-bas et présente toute les garanties légales énoncées. Elle voulais juste voir son tonton et voir un autre monde. Je voulais juste la sentir un peu près de moi. Sentir un peu de là-bas habiter mon ici.
Un je ne sais qui a jugé qu’un cachet refusé était plus simple à apposer qu’un cachet accepté.
Alors elle ne viendra pas. Alors j’ai donné le change “Ah c’est dommage… La prochaine fois… Bon je vous laisse… À la prochaine”.
Quelques mètres plus loin. Quelques pensées plus loin. Les larmes ont coulées. Pas le moindre pleure. Pas le moindre sanglot. Juste du physiologique coulant autour de ma tristesse.
J’ai compris que je ne verrai pas ma petite soeur, ma petite nièce.