L’homme en songe
Le problème avec le mensonge, comme d’autres choses, c’est que souvent on cherche une raison de l’expliquer. On fait nos propres psychanalystes et on se couche sur nos propres divans. On finit par s’éloigner du bon sens personnel. On en oublie qu’on a menti sciemment, à des fins précises. On le sort de notre réel pour en faire un acte sublime. Qui nous échappe, forcément.
Nos mensonges sont nos enfants, qu’on a dû nourrir et qu’on a fait ! Car même s’il est facile de se sentir distinct de celui qui a menti « Je ne sais pas ce qui m’a pris », je reste persuadé qu ‘on sait toujours ce qui nous a pris, ce qui nous a motivé. Roder autour comme un littérateur et orateur passionnés ne fait que nous éloigner des raisons, ne fait qu’édulcorer nos responsabilités, ne fait qu’ajouter de la couleur sur notre tristesse ; celle qu’on a parce qu’on sait qu’on fait mal à quelqu’un en mentant. Le gris est plus vif quand la personne est un être cher. Quand c’est un lambda, un quidam, un je-m’en-fous, il faut bien le dire on s’en fout !
Mentir n’est ni une fatalité, ni un acte héroïque. C’est une banalité affligeante qui graisse le tissus adipeux de nos fantasmes. Mentir n’est pas lié à l’ésotérisme, il est lié à nos volontés guidées par des torches enflammées. On y voit clair.
Mentir c’est un choix. Et puis de toutes les façons on sait bien qu’on y trouvera du métaphysique. “Oh mon dieu je ne sais pas faire autre chose que mentir”. Mentir c’est la conscience aiguë de l’envie de détruire. Mentir c’est faire de la sape sachant que la théorie nous en sortira. C’est comme le pyromane qui au moment de se livrer sera délivré, car il rend service à sa morale inquisitrice. Mais il sait aussi qu’il pourra toujours dire « Je n’ai pas pu contrôler ces pulsions là ». Il sait qu’un tas de Docteurs lui donneront raison. Il sait que quoiqu’il en soit il pourra s’en sortir, avec même des regards condescendants « Pauv’ de lui, ç’la doit être dur ». Cela restera toujours moins dur que de se retrouver dans les flammes qu’il a allumées !
Bien entendu des choses nous échappent, mais pas le mensonge. En suivant le fil de notre histoire on comprend souvent pourquoi on a menti en liaison avec du conscient ou de l’inconscient. Mais l’acte réel de mentir ne nous échappe jamais. La cloison entre les raisons et l’acte est bien entendu souvent floue. Mais l’acte reste et la réalité de sa préparation, de son élaboration peut et doit échapper aux nuages métaphysique qu’on met à son émission. L’acte, ça c’est du réel ! Du concret…
Alors pourquoi je/on mens/t ? Je n’en sais rien ! Demain peut-être je posterai pour trouver des raisons vaseuses à tous mes mensonges passés et à venir… Demain peut-être. Aujourd’hui je veux croire que le mensonge ne nous échappe pas. Qu’il est juste une facilité qu’on n’assume pas.
Pourquoi je me sens l’envie de parler du mensonge ? Parce que je suis un menteur, comme vous tous ! Parce que beaucoup d’entre eux se sont immiscés dans mon être. Je ne suis pas né le jour qu’on m’a dit. Ma grand mère n’est pas ma grand mère. Et presque dix ans sont partis en mensonges. J’ai vécu le mensonge de l’intérieur. Comme pas mal d’autres choses. Ne suis-je pas que spectateur de ma vie ? Alors ce spectateur vous parle de ce qu’il a vu.
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