Stargate, la porte des étoiles
L’enfance est un songe… La mienne est un songe qui échappe à mon imaginaire. Je suis l’heureux propriétaire de deux existences étrangères l’une à l’autre. Elles ne se parlent pas, ne se reconnaissent pas. J’ai eu une enfance loin d’ici, puis j’ai grandi ici, je suis devenu adulte (si peu) ici. C’est une discontinuité fatale. Je suis désynchronisé.
J’ai deux existences qui ne se parlent pas. Un enfant de là-bas, un adulte d’ici. Rien ne permet aux deux êtres de communiquer. Ni la langue, ni la culture, ni les moyens, ni les pensées, ni la foi. Tout est radicalement excessif dans les différences entre les deux êtres. Quand les deux tentent de communiquer, j’assiste impuissant à un dialogue de sourds. Ils ne parlent pas la même langue, ne conçoivent pas les choses de la même manière. Tout choque l’un dans la façon d’être de l’autre.
Je suis un adulte qui n’a pas eu de naissance. Un adulte dont l’enfance est ailleurs. Le petit que j’étais pleure souvent en moi, l’adulte qui lui manque, qu’il ne reconnaît pas. Ce gamin me pèse car moi non plus, l’homme nourri à la métaphore, ne le reconnaîs pas comme mon passé. Alors j’erre dans mon être adulte à la recherche d’une porte qui pourrait laisser les deux se parler. L’enfant je ne sais pas trop où il est. J’ai la conviction qu’il est là, qu’il cherche aussi. Je l’entends parfois crier, taper contre cette paroi qui le sépare de son devenir.
J’ai toute une partie de mon enfance qui m’échappe même en souvenir. Un trou noir qui phagocyte sur ses confins tout souvenir qui ose l’approcher. J’ai une mémoire très nette sur des évènements qui ont eu lieu entre mes deux ans et mes quatre à cinq ans, ensuite plus rien. Plus rien sur une étendue de plus de trois années… Je n‘ose pas poser la question à la seule personne rescapée de cette époque, rescapée de ma petit estime de cette époque. J’aimerais retrouver cela tout seul, comme un grand que je ne suis pas ! Mon adulte est fier. Mon adulte me gonfle tout à fait…
Il me manque au-delà de toute mon enfance, au moins trois années. Trois fois trois cent cinquante cinq jours… Une éternité ! S’il me manque une éternité, comment vivre le peu d’années qui restent ?…
Pourtant je vais les vivre, les épuiser, les presser pour y retrouver ces bouts qui manquent ! Je vais chercher cette porte entre mes années quatre-vingt et avant, et mes années quatre-vingt-dix et la suite. Je vais chercher mais je ne suis pas certain de trouver quoi que ce soit. Il y a un voile qui ne cache peut-être rien. Un voile sur un vide sidéral, sidérant. Mais je vais chercher. Je cherche déjà… J’irai jusqu’à l’épuisement total. C’est un combat à mort ! Le pire des combats, celui qu’on mène contre notre pire ennemi. Celui qu’on mène contre « moi ».