Bob Marley, le commencement
Robert Nesta Marley est né d’un remix. C’est le fruit défendu d’un amour contrarié. Sa mère jamaïcaine noire, amoureuse d’un blanc anglais, d’origine syrienne, l’eut en 1945, le 6 février précisément. Il était donc bélier (pour ceux que la pipologie intéresse)… Il est né avec la fin de la première guerre mondiale. Il est né au moment où les occidentaux découvraient, pas tout à fait surpris, les fours crématoires, les juifs désintégrés dans l’Allemagne nazi, en cours de désintégration. On comprend mieux pourquoi ce monsieur se sentait le besoin de sauver l’humanité de ses crocs !
Il a grandi à la campagne, un temps ballotté entre sa mère et son père, puis définitivement repris par sa mère et à l’adolescence naissante, quitte sa campagne natale pour Trenchtown. Un sombre cloaque, un ghetto sans merci. Bob Marley en gardera un souvenir précis. Un mélange de nostalgie infantile et d’amertume fiévreuse. Ce ghetto bidonville est pudiquement évoqué dans Trenchtown Rock. Dans ce morceau, comme souvent, Bob Marley parle de musique, là où le vécu a fait mal. C’est dans cet amalgame de mortalité infantile, d’insalubrité, d’oisiveté délinquante, que Bob rencontre ses compères : Bunny Wailer & Peter Tosh. Ils monteront un groupe et chevaucheront ensemble des rythmiques frénétiques très ska puis Rock Steady, il n’était pas encore question de reggae. Le premier disque de Bob Marley est dans les bacs, Judge Not & One cup of coffee sont nés, deux morceaux en guise de cisailles cristallines, pas tout à fait révolutionnaires pour l’époque. Succès inexistant. Mais peu importe, c’est la musique la fin, le succès n’est qu’un moyen !
En 1963, Bob a dix-huit ans. Il est soudeur et musicien. Le jour il accorde du métal et le reste du temps il chaudronne ses morceaux ! Son groupe « The Wailers » est produit par le Monsieur producteur du coin, Coxsone. Mais après avoir enregistré une quantité conséquente de titres, le groupe ne reçoit toujours que des clopinettes. Alors Bob et ses potes claquent la porte. Mais ce fut une période capitale ! On parle souvent de la créativité de Bob Marley et de la façon géniale qu’il a eu de porter le ska vers le reggae. Mais on ne dit que rarement que sa rencontre avec Lee Scratch Perry y est pour plus que beaucoup. Lee Scratch Perry durant la période Coxsone du petit groupe, leur insuffle un nouveau rythme, les pose sur des rails plus doux. Il leur montre une autre voie, celle du renouveau du ska. De cette période très créatrice et novatrice du groupe et de Bob on gardera Simmer Down, un superbe morceau qui roule vers le bas, sans fin, la fin de chaque phrase ressemble à une fin de morceau, et ça repart ! Ensuite Bob part faire un petit tour aux Etats-Unis voir sa mère remarié et bosser un peu… Mais il en revient, comme on revient toujours de l’Amérique.
Dès son retour Bob qui donne tout pour la musique (oui j’adore aussi Michel Berger. Mais le rapprochement, je le concède, est hasardeux), décide de s’autoproduire. Succès mitigé. En homme marié et avec deux enfants et du dogme Rastafari plein les neurones, il retourne dans sa campagne où la vie est moins coûteuse. On est en 1967, Bob ne lâche rien. Il veut faire de la musique et il en fera. En 1968 il rencontre Johnny Nash. Bob signe son premier contrat d’exclusivité internationale. Mais malgré sa bouillonnante envie créatrice, Johnny Nash ne parvient pas à l’imposer. Mais ce temps n’est pas perdu. De cette période est né le sublimissime zombie stratosphérique qu’est Stir it Up. Ce morceau n’est pas un morceau ! C’est un espace 3D qu’on peut habiter…
Il est important de signaler que c’est durant cette même période que Bob se laisse totalement envahir par la foi Rastafari sous l’égide de Mortimer Planno. Un vrai prophète Rasta, qui a rencontré dieu en personne et qui regarde vers l’Afrique d’un oeil revanchard. Le premier dreadlocké de l’histoire apprend tout à Bob, l’engrène et Bob porte les dreads. Petite astuce au passage, pour dater une photo de Bob Marley, il suffit de jauger la présence ou non des dreads et leur longueur. Mais ni sa nouvelle foi, ni sa musique, pourtant abondante ne parviennent à le sauver du ventre. Il a toujours une famille à nourrir. Il retourne aux États-Unis. Travaille chez Chrysler (ah No Woman No Cry ça connaît ! Mais que Bob ait un jour travaillé à la chaîne dans l’antre du capitalisme on ne le sait pas toujours). Période alimentaire. Mais la musique est la fin ! Dès son retour Bob crée Tuff Gong et influencé par son voyage chez les riches d’en face, enregistre une reprise de James Brown. Retrouve Lee Scratch Perry et s’associe avec les géniaux frères Barrett, Carlton à la batterie et Aston dit Family Man à la basse. Ces deux-là lui resteront amis jusqu’au bout.
Suit une longue période de tâtonnement, de progression, de création à outrance. Mais le succès est toujours ailleurs. Puis arrive Trench Town Rock, autoproduit. Zbam ! Le reggae est là et bien là. Premier vrai succès.
Mais souvent la roue tourne. Un appel pour la Suède. Johnny Nash, avec qui, il est toujours sous contrat, a besoin de lui pour la bande son de Love Is Not a Game. Puis direction l’Angleterre, contrat avec CBS, concerts en première partie de Johnny Nash. Mais cela ne prend toujours pas ! Johnny Nash, qui a beaucoup fait pour Bob continue sa route. Bob doit se faire la sienne.
On est en 1972. Bob et ses compères ont déjà à leur actif plus de 250 morceaux. Ils ont fait l’essentiel en fait. Ils ont posé un style. Créé un moule pour les générations à venir. Le reggae était fixé dans le roc. Souvent pour leurs albums en devenir ils iront chercher dans ce stock inépuisable des perles rares, passées inaperçues dans ce flot de créativité mal reconnue. Des bijoux comme Sun Is Shining qu’on retrouvera sur Kaya et Satisfy my Soul qu’on trouve même sur Legend. Eh oui c’est un morceau des années soixante messieurs dames ! C’est en fait là que Bob contacte Chris Blackwell le patron de Island Records (Vous savez ces pochettes CD avec un petit palmier au dos et les deux faces encadrées dans un fin liseret vert, rouge, jaune, arc-en-ciel).
Le voyage a été long, trop long pour certains. Peter Tosh (en fait c’est le déminutif de Macintosh, sans blague !) fait son Pomme Q (ok, mauvaise blague de Geek. Mais je la laisse, j’assume !) et quitte le groupe. Bunny Wailer était déjà parti. Bob Marley ira seul au bout en Solo. Ses albums seront dorénavant distribués comme étant de « Bob Marley ». Les frères Barrett sont toujours là, eux. Le groupe, pour les coeurs (Irremplaçable Tosh, pourquoi tu es parti !!!), engage The I Three, composé de Rita, madame Marley en personne, Judy Mowatt et Marcia Griffiths.
Puis vint le succès, puis continue l’engagement au péril de sa vie. Puis vint le football, puis vint le cancer, puis vint ce dogme puéril au mépris de sa vie. Puis Bob est mort.
Cet article ne peut pas se terminer ainsi… Bien entendu. Mais il va se terminer ainsi. Je dois aller fouiller dans mon cerveau et j’ai très envie de publier avant mon départ ! Alors la suite dans un prochain épisode.
- Ya running and ya running and ya running away
- Mon rythme retrouvé
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2 commentaires pour “Bob Marley, le commencement”
Merci… Mon narcisse est aux anges… (Coucher Narco !)
Je prépare la suite, déjà !
Il y sera question d’utopie, car mine de rien ce petit monsieur venant du tiers monde avait la certitude de guérir le monde de ses ogres, simplement en chantant la paix, la joie et le bonheur ! Dingue tout de même… J’adore les utopiques carrèment utopistes…
Mais ma ponctuation est toujours catastrophique. Je n’y arrive pas !
Pour en revenir à ta remarque, il est vrai que les gens ne gardent généralement que les succès et gloires. J’ai remarqué que la majorité des gens se laissent porter par les succès du moment, donc il est normal qu’il ne garde en tête que les parties succès des musiciens. forcèment ils ne s’interessent à eux que durant ces périodes fastes. Il n’y a plus grand monde pour s’intéresser aux carrières musicals, à toute une vie de mélomane acharné. Bon ça c’est mon côté « vieux bougon » qui trouve qu’on avance vers et dans la bêtise. Promis demain je fais l’optimiste !
^^
Très chouette article en tout cas !
On voit souvent que la partie « succes et gloire » des artistes, en oubliant facilement à quel point la galère a pu être présente…