Fatigué

Un ami me disait, il y a de cela bientôt dix ans « si tu continues ainsi, tu ne verras pas tes cinquante ans ! ». C’est une fatigue latente. Inhérente à mon être. Je n’ai pas changé. Je ne changerai pas. Je me crèverai bien avant la sénilité. Tant pis, tant mieux !

Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été en mouvement. Même dans mon sommeil, quand il est là. J’ai toujours été dans l’obligation d’arracher plus que de prendre. J’ai toujours couru derrière le temps, derrière l’argent, derrière le sentiment. Je suis épuisé, éreinté, fatigué, vidé, essoré, … J’en ai marre de tout ce qui ne se laisse pas caresser, tout ce qui ne se laisse pas vivre. J’ai toujours été au bout de la rupture. Celle que je crains, celle qui me surveille.

Certes je suis d’un naturel plutôt hyperactif. Mais le physique ne suit plus. Trop d’insomnies, trop de cigarettes, trop de tétra-hydro-cannabinol, trop de stress, trop d’aigreur, trop de souvenirs pesants, trop de déceptions, trop de pensées saines ou malsaines qui me percent la tête… Et le sourire dans tout cela ? Il est un peu jaune, qui vire au bleu, le cadavre d’un sourire. Je n’arrive plus à le raviver avec autant d’éclat qu’avant. Je deviens un roc sentimental, de plus en plus. Je me laisse envahir par la réalité des rapports. Je ne tente plus de les sublimer. Je deviens un quelconque être qui ne vit que pour produire et acquérir des trucs. Je suis tétanisé et terrorisé par demain. Il n’y a pas si longtemps, j’espérais le lendemain, pour revivre dans le sourire de l’autre un surlendemain encore plus délicieux. Je donnais volontiers de ma sérénité, de mon physique et de ma joie pour faire le nid des jours à venir. Puis vint l’éclipse.

Quand je suis pris dans l’angoisse, j’en oublie la fatigue. Mais je la nourris. Quand je suis dans un envol passionnel littéraire, musical ou amoureux, j’en oublie ma fatigue. Mais je la nourris. Jamais je ne me pose. Jamais je ne regarde vers mon bien être physique. Je suis le plus grand bourreau de mon confort. Je néglige mon physique. Je le surcharge. J’appelle cela prendre sur soi. Prendre sur moi pour donner aux autres, que je déteste tellement. Alors comment faire ? Comment pourrais-je, du jour au lendemain, cesser de vivre pour moi et surtout pour les autres, sans ressentir un manque vital ? Comment pourrais-je sans mal le vivre cesser de bouger dans tous les sens ?

Je ne sais pas comment faire. Je sais juste que mes envies d’ailleurs sont de plus en plus fortes. Une envie de disparaître. De partir un matin sans jamais redonner signe de vie. Me couper de tout ce qui m’est indispensable, pour renaître. Prendre un livre, n’importe lequel. Prendre une route, n’importe laquelle. Prendre un nom n’importe lequel. Puis ne plus exister, pour personne. C’est presque un fantasme. Mais un fantasme de plus en plus pressant. De plus en plus présent.

Alors je me raisonne. Je me dis que demain cela ira mieux. Que je ne réagis ainsi que par aigreur, par colère, par tout ce qui justifie la négligence de ce sentiment. Car je suis un être presque raisonnable. Je ronge mes coins pour rentrer de force dans le moule. Je sais que je n’y serai pas bien. Mais qu’ai-je d’autre comme choix ?

Alors quand j’ose en parler de cela, je sens de la pitié, de la compassion, de la bave à gogo. Je ne veux ni de votre compassion, ni de votre pitié. Je crache sur les baveries lamentables. Je ne veux ni de votre pitié, ni de votre soutien. Je veux vivre, sans ce sentiment de fin du monde qui surplombe ma tête. Je veux vivre sans cette conscience réaliste de ma pourriture humaine. Je veux vivre libre. Mais je ne veux pas d’une liberté bradée, convenue et dogmatique. Je veux une liberté consciente, une liberté éclairée. Pas celle que me promettent les médias, ni celle que me promettent les politichiens. Je veux vivre sans entraves, sans chaînes et sans rancœurs. Je voudrais vous aimer tous. Mais vous ne le voulez pas. Alors je n’aime personne. Et « personne » me le rend bien !

Je dis cela. Je dis plein d’autres choses. Mais je n’abdiquerai JAMAIS. J’irai au bout du jour, de la nuit et du ciel. Là où habitent les nuages. Je vais continuer dans la fatigue, la déception et la rancœur, quitte à me détester. Mais je ne veux pas détester les autres. Ils n’y sont pour rien. Je suis l’unique responsable.

11 février 2008

Un commentaire pour “Fatigué”

Par Elise FRANCE Mac OS X Safari 523.12.2 , le 12 février, 2008 à 20:24

Je te comprends.