La colère

C’est une colère qui ne dit pas son nom. Une colère contenue. Une colère qui se retourne contre moi.

Je m’en veux d’être si résistant au mépris. Je m’en veux d’être si fragile au sentiment. Je m’en veux de ne pas être totalement un connard. Je m’en veux de prendre sur moi tout le rapport à l’autre, aux autres.

C’est une colère qui commence comme un rire, quand le diaphragme se contracte et qu’une petite dose d’adrénaline monte de la poitrine vers la gorge. Quand le fond de la gorge se gonfle pour lâcher l’avalanche de hoquets qui font le rire. Mais c’est bien de la colère. Un feu qui brûle au creux de la poitrine. Un feu qui rafle la sérénité et plombe le sourire.

Pourquoi ?… Pourquoi la fatigue, la colère ?… Et puis quoi après ?… Après je ne sais pas… Je suis en pilotage automatique. Un jour après l’autre, une seconde après l’autre.

J’ai des raisons d’être en colère, certes. Mais les raisons conscientes cachent souvent des torrents de non-dits et de pièges mortels. Alors pourquoi cette colère ? Pourquoi être aussi dépendant des autres ?

J’aborde une ère de questionnement sans fin, sans réponse possible. L’art de l’auto-flinguage. Le suicide de la pensée. Quand elle se retourne contre elle dans des schémas insolvables.

Si, je sais ! Je suis en colère car toutes les personnes pour lesquelles j’ai été là, ne sont jamais là pour moi. Je suis en colère car malgré tout je crois en l’humain. Car malgré tout j’ai envie d’aimer mon prochain. Je veux être aigri et en vouloir à tous, pour soulager cette colère. Mais je ne peux le faire. Je ne sais pas en vouloir aux autres. Toutes mes colères finissent sur moi et cela me fatigue. Car je pense que tout ce qui m’arrive est d’abord de ma responsabilité. Tout en sachant que les choses se font sans moi. Cornélien… Mais si vrai de mon point de vue.

Il faut que j’arrête. Il faut que je devienne aveugle. Il ne faut plus que je vois tout cela. Il faut que je regarde, sans voir. Que je respire sans vivre. Que je pleure sans larme. Que je parvienne à ne pas être ce que je suis, à ne plus vivre avec moi …

Je suis fatigué. Je dois arrêter, un temps… Arrêter ce qui me fait vivre. Pilotage automatique en espérant des aubes humides, fraîches au souffle coupé !

13 février 2008

4 commentaires pour “La colère”

Par Elise FRANCE Mac OS X Safari 523.12.2 , le 14 février, 2008 à 22:54

Je sais que dans ce genre de situations, rares sont les paroles qui réconfortent ou qui tendent à nous faire sentir mieux. D’ailleurs, il n’est pas même certain que l’on ait envie d’aller « mieux », car finalement, oui, on a bien envie de s’oublier, mais renoncer à ce qu’on est, c’est céder à ce qu’on déteste, et dans le fond, que ce soit par orgueil ou par rancoeur, on a pas envie que ça se produise…
Enfin, je ne sais pas.
J’aimerai te dire quelque chose de vrai de beau de vivant de magnifique d’important. Malheureusement les mots me manquent. L’empathie est là, mais le reste – les mots, quelle maladresse d’usages.
Disons pour cette fois que je t’ai « entendu » et que cela fait écho en moi, ce qui n’est pas dénué d’une certaine forme de narcissisme mais c’est un mal nécessaire pour, vraiment, éprouver la pensée de l’autre. Cela ne te procurera sans doute pas l’apaisement nécessaire pour au moins mieux respirer ; j’espère néanmoins que l’idée que tu ne sois pas irrémédiablement « seul », enfin, en pensée, je veux dire, puisse susciter en toi l’ébauche d’un soupir moins acide (mais peut-être plus amer).
Allez, il n’y a plus que la musique pour nous porter… Je te souhaite beaucoup de musique. (Ou de tout autre « palliatif » en attendant des instants plus appréciables.)

Par Archibald Leaurees FRANCE Linux Mozilla Firefox 2.0.0.11 , le 17 février, 2008 à 16:58

« Cela fait écho en moi » …
J’adore cette phrase…

Par Céline FRANCE Mac OS X Safari 523.15 , le 17 février, 2008 à 20:08

Encore un écrit qui me rappelle beaucoup ce que je traverse en ce moment, si ce n’est que la raison n’est pas liée à une globalité de personnes, à mon entourage au complet, mais vraiment à une unique personne… C’est dur à vivre en tout cas. Cette impression que rien ne s’arrangera jamais, que les moments où l ‘on va bien sont éphémères pour laisser place à des instants de doutes et de désespoirs… Qui eux même céderont leur place à quelques moments plus positifs. Ca ne s’arrete jamais, et pourtant, j’aimerais bien que tout se calme parfois…

Par Archibald Leaurees FRANCE Linux Mozilla Firefox 2.0.0.11 , le 20 février, 2008 à 23:48

Désolé du temps que je mets à te répondre Céline. A vrai dire je ne savais trop quoi te répondre. Mais tout comme toi il s’agit bien d’une personne en particulier. Mais notre rapport à l’autre, qu’il soit envers un unique ou vers la multitude des « bonjours » d’une jounrnée, revient assez souvent au même.

J’ai été, avec l’unique, comme je le suis au quotidien avec la multitude. J’ai tout pris sur mes épaules. J’ai tout assumé. J’ai à moi seul fait un rapport à l’autre. Au bout d’une décade je me suis tout de même entendu dire « Ce n’était pas si bien que ça nous… » !

Les bras m’en sont tombés ! Pas que les bras. Les jambes, le moral, l’envie d’un lendemain… Tout est tombé.

Mais que puis-je y faire ?… Rien. L’impuissance pure et brutale. Celle qui vous signifie que vous n’êtes pas plus que la poussière qui tapisse vos chaussures.

Et puis un matin… « Merde » ! Je ne vais, ni ne veux, forcer personne à accepter mes bons sentiments. Ils sont là… Les prendra celle qui les voudra, qui les rendra, qui m’aimera, que j’aimerai comme j’aime aimer, sans condition, passionnément, à la folie.

Puis les jours blessés roulent, comblent un instant, un espace délaissé. Celui de l’envie de la vie.

Je ne suis pas dupe, je sais bien que cette plaie restera là, béante, offerte à toutes les mouches à merde du monde… Mais soit ! Cette blessure restera. Mais moi je suis autre.
Tu es autre Céline, tu es un être unique qui ne peut que vivre… Alors embrasse ta vie ^^