Ya running and ya running and ya running away

« Ya running and ya running and ya running away« . Ca tourne en boucle dans ma tête. Pourtant je ne suis pas dans une période Bob Marley. Fuir, fuir et puis fuir…
C’est une fuite, un exode, un exil. Il faut, très vite, tout fuir. Le souvenir, l’être et le devenir. Je ne suis pas triste. Je suis à peine lucide. Je ne peux qu’être lucide. Je traite avec l’humeur. Quand elle veut, quand elle est joignable. Il ne faut surtout pas se poser. Le repos cela sera pour plus tard. Comme le reste, plus tard. Au nez et à la barbe du trop tard.
Je jongle avec les possibilités. Je traverse les choix sans vraiment m’arrêter. J’esquive, sans en avoir l’air, le possible. Je me rends tout à fait compte que les mots ne sont pas les choses, que ce que sont les choses n’est pas ce que nous pensons des choses.
Je sais bien que sur ce coup je suis un peu Kamikaze. Un vent divin qui mènera comme les autres au purgatoire. Mais j’ai toujours tout fait comme cela. J’ai toujours défoncé le tas. Alors comme les autres fois c’est tout ou rien. Alors souvent c’est rien. Il est rare de trouver le tout là où on le veut. Alors souvent c’est rien. Mais j’ai une nette préférence pour le rien. Oui je préfère le rien s’il faut commencer par rogner ses envies pour un tout merdique. Alors vive le rien.
moi : Rien monsieur, je ne fais que redire ce que je pense.
l’autre : Oui mais encore ?…
moi : Mais encore rien. Je sèche sur votre bonheur.
l’autre : Vous racontez n’importe quoi jeune homme ! Ressaisissez-vous…
moi : Oh ça va ! Dans trente secondes, vous allez me dire que j’ai la vie devant moi et tout le blabla…
l’autre : Parce que vouloir votre bien c’est du blabla ?
moi : Qui vous a demandé de vouloir quoi que ce soit pour MOI ?… Je ne demande rien à personne. Tu sais quoi ?… Je t’emmerde, toi, ton aplomb et ta mièvrerie mesquine. Tout ce que je veux c’est sortir d’ici.
l’autre : Oui d’accord. Mais où pensez-vous qu’on soit jeune homme ?
moi : D’abord arrêtez avec ce jeune homme, ça me gave. Puis où voulez-vous qu’on soit ? Votre blouse, votre diplôme au mur, et la photo de votre femme bimbo sur le bureau, vous êtes psy, et à priori je suis chez les zinzins.
l’autre : A priori ?…
moi : En fait c’est ça qui me gène… Je ne me rappelle de rien d’avant il y a 5 minutes…
l’autre : Vous vous rappelez de quoi exactement ?
moi : J’étais dans votre salle d’attente. J’attendais. Je n’attendais pas mon tour, il était passé depuis un bail. J’attendais, sans raison. Puis vint la raison, puis vint la fin.
l’autre : Ensuite ?
moi : Ensuite rien, vous avez ouvert la porte et puis vous m’avez appelé. Me voilà !
l’autre : Oui vous voilà.
moi : Je peux repartir maintenant ?
l’autre : Je ne sais pas, c’est à vous de voir…
moi : Je ne sais pas trop. Que je ne me rappelle de rien ne m’inquiète pas. Mais des choses me rappellent. Je ne peux aller nul part.
l’autre : Alors allez-y !
- (rien)