Le désenchantement délitant

Mon désenchantement périodique revient… Ouvrons la porte de l’humeur à ce visiteur régulier. Accueillons cette période de doute attendue.
C’est étrange comme l’humeur se joue de l’envie et du sourire. Mais cette fois je sais ! Je sais ce qui a ouvert la porte du doute. Une fois de plus j’ai été en prise avec le manque de consistance rhétorique. Une fois encore j’ai constaté la fuite du sens. Encore une fois où je me pose cette question qui me triture la pensée « Comment fait l’être quand les mots se voient désertés du sens ? ». Comment fait l’être quand le mot ne porte plus la certitude du vrai ? Comment fait le quidam quand la morve de l’orgueil ne soutient plus la brutalité du sens ?… Pourtant nous faisons ! Pourtant nous avançons, nous excusons l’incohérence. C’est le prix à payer pour garder sa raison en dépit du délitement du logique.
J’ai toujours été très sensible à la réalité du rapport aux autres, à sa consistance, à sa cohérence. C’est là la seule chose qui me retient dans cette conscience du réel qui nous donne une prise avec notre vie. Dès lors où je note une fuite de sens, je me cabre et pour tenir le coup et rester englué dans ce réel qui nous tient debout, je m’enfuis dans le silence qui me sauve.
Oui j’ai besoin de cette discontinuité pour rester dans le jeu social qui s’accommode les ponts du sens à sa guise. Autrement j’en deviendrais fou… A lier… Rallié au pragmatisme social aveugle.
Je ne vais pas faire mine de découvrir ce que je savais. Je savais et je sais que j’ai cette fragilité. Je savais et je sais que mon humeur et ma sérénité craignent ce dragon terrible qu’est le « n’importe-quoi dialectico-rhétorique ». Par contre j’ignore le pourquoi… Pourquoi tout le monde s’accommode de cet état de fait, ce glissement du sens. Tout le monde complète le sens perdu dans les paroles des autres, par reflex salvateur. Moi je n’y parviens pas. J’accorde à chacun sa responsabilité sur sa rhétorique. Même aux enfants ! Tel un Mychkine qui ne se sent bien que dans le rapport à l’enfant, je cède au dialogue avec les petits comme je m’embarque dans un blabla avec un adulte. J’octroie à tout être la possibilité d’être pleinement responsable, la possibilité d’être… Je ne rectifie pas les incohérences de la bave d’autrui dans ce silence de mort qu’est ma pensée. Je recrache in situ ce qui heurte ma compréhension. Quand je ne peux pas le recracher, je somatise ex situ. Je décante… Mais j’ai besoin de fuir dans mes pensées pour digérer l’impasse des mots. Le silence.
Mais cela ne répond pas au « pourquoi ? ». Pourquoi autrui s’accommode de ce qui m’empêche de palper le confort social de l’acquiescement mutuel et de l’entendement sur la fuite de la consistance dialectique ?… Pourquoi les signifiants arborent-ils tant de signifiés ?… Sans parler de la mauvaise foi et des pièges entendus …
Peut-être que je manque d’autre chose. Du lien à la mère, de l’image du père et du contact salvateur à la terre nourricière. Toutes ces attaches sont, chez moi, des constructions personnelles et non les acquis du cordon ombilical. Tenez, la langue dans laquelle je m’exprime… Il s’agit d’un holdup intellectuel. Rien de plus… Le berbère tapisse encore ma pensée, l’arabe me parle toujours dans le silence…
Je suis le faussaire de mon existence ! Mais un faussaire qui ne risque que sa santé mentale… Mon réel est ailleurs. Il arpente des pentes techniques très schématiques. Actuellement mon triste réel se nomme joyeusement Lightweight Directory Access Protocol !
Je sais déjà que je passerai outre, qu’il finira par revenir le sourire ! Je sais cette éternelle oscillation entre le Spleen & l’Idéal. Soit… J’en ai vu d’autres !
Mais en parlant de Spleen, on va s’en payer un… Mon préféré. À la bonne votre !
Je suis comme le roi d’un pays pluvieux,
Riche, mais impuissant, jeune et pourtant très vieux,
Qui, de ses précepteurs méprisant les courbettes,
S’ennuie avec ses chiens comme avec d’autres bêtes.
Rien ne peut l’égayer, ni gibier, ni faucon,
Ni son peuple mourant en face du balcon.
Du bouffon favori la grotesque ballade
Ne distrait plus le front de ce cruel malade;
Son lit fleurdelisé se transforme en tombeau,
Et les dames d’atour, pour qui tout prince est beau,
Ne savent plus trouver d’impudique toilette
Pour tirer un souris de ce jeune squelette.
Le savant qui lui fait de l’or n’a jamais pu
De son être extirper l’élément corrompu,
Et dans ces bains de sang qui des Romains nous viennent,
Et dont sur leurs vieux jours les puissants se souviennent,
II n’a su réchauffer ce cadavre hébété
Où coule au lieu de sang l’eau verte du Léthé
Les Fleurs du mal, Charles Baudelaire
- (rien)
Ecrits vaguement relatifs
14 commentaires pour “Le désenchantement délitant”
le hasard, la rencontre c’est aussi le cahos! ta tristesse est contagieuse… non, j’étais bien triste avant de te lire. je suis venue et revenue, mais ces damnés mots me fuyaient .
une perte de la pensée égale à ta perte de l’identité.. oui, je continue à philosopher faute de trouver mieux pour fuir cette fuite qui me mine ce soir où toutes les mamans sont fêtées alors que ma maternité est castrée …
@ Yugurta
Je n’ai pas pour vocation la lapidation d’autrui. Par compte je suis assez propmt à m’auto lapider.
On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a Yugurta ! Après… Advienne ce que pourra …
@ Kalimate
Certaines tristesses me dépassent… Certaines situations titillent la mort de l’envie ! Mais IL FAUT aller chercher demain… Allons-y Lalla Kalimate ! Je t’offre mon bras et je t’y emmène, volontier…
c’est que il existe des des êtres pour qui la raison et avant tout sentiment : je sens le vrai ,
le logique me parait probant certe , mais je ne m’y adhère que si ça me touche …
la conviction est il manifestation de la raison , ou l’expression de sentiments;
« J’ai toujours été très sensible à la réalité .. »
salut ami AL
Et moi et moi, mon émoi disqualifié peut-il vous suivre vers ce monde où « on défait ce qu’on veut avec ce que l’on n’a pas » ? Je serais l’appât apathique, sympathique à l’âme-muse gueulant ses blagues pour le plaisir de vous esclaffer un fou rire… Allez ! Sssourions pour la si Fine Story de Kali et ses sourires qui dansent en narguant le chat !
Bonjour,
première visite, et le choix musical me transporte, moi qui ne suis pas trop douée pour les mots…., j »ecoute, je lis et je reviens commenter…
Merci pour les bonnes vibes
@ zalamite
C’est qu’il existe toutes sortes d’êtres mon ami. Je reconnais à tous le droit inaliénable à l’existence par l’être ou par le mot !
Je pars systématiquement du principe indéboulonnable qui stipule que mon avis et mes assertions ont autant de chances d’être justes que faux. Je ne tiens pas à mon point de vue comme on tiendrait à sa dernière gorgée au milieu du désert.
D’ailleurs cette façon de concevoir mes propres mots, découle de ce que j’énonçais dans sur ton blog. Je reste persuadé que nos mots dès lors qu’ils quittent le giron égocentrique, appartiennent à l’autre. Leur vérité, leur sens, leur poésie ou leur cruauté deviennent l’apanage de l’autre… Alors pourquoi se tortiller pour leur offrir une justesse qui change de bord ?…
Est-ce un tord ?… Possible… Mais une fois qu’on a dit cela, qu’on a admis cela, quoi faire ?…
@ Yugurta
Mon cher logomage ! Esclaffe-toi ! Esclaffe-nous… Mais gaffe à ne pas devenir accroc au mot qui rempli la bouche plus qu’il ne rassasie les envies.
Mon envie de tes contorsions logomachiques est loin d’être épuisée… Aalors mâche moi ce réel que je le relise par tes yeux !
@ baboucha
« Eh les gars, Kali et les autres, une nouvelle ! »… Essayons de ne pas la traumatiser tout de suite ! Hein ?…
Cet espace est à tous ceux qui veulent bien en être. Mais aussi à ceux qui ne me gonflent pas trop.
On est un peu sur notre nuage où on s’amuse à faire dire aux mots ce que les maux nous signalent dans le corps et dans l’humeur. Brutalement…
Merci de t’être arrêtée de ce côté du virtuel pour nous signaler tes yeux qui parcourent…
Sens-toi libre de tout nous dire. Aussi libre que tu devrais te sentir de ne rien donner !
A ta guise, à ton humeur, à ton envie…
Bien à vous toutes & tous
al.
bon je passe , et je t’annonce la fermeture de mon blog , mais je reste présent , je te tiens a l’oeil
je ne suis pas d’accord avec toi : )
je le trouve bien ton côté tolero seulement dans tes propos c’est autres chose , tu laisse de coté le contenue et tu fais une fexation sur moul che , un peu domage
bien a toi ami
@ Zalamite
Vraiment dommage que tu fermes boutique et plies bagages…
Tu as le droit de ne pas être d’accord. Absolument… Là c’est le côté ‘tolero’ comme tu dis …
Mais j’ai le droit de dire ce que je veux dans mes chialeries ! Là c’est le côté sale gosse comme tu ne le dis pas…
Il est je crois inutile de rappeler que c’est un point de vue très subjectif. Il s’agit de ce qui se passe dans l’être de ‘moul che’ comme tu dis …
Je n’ai ni la vocation, ni les qualités requises pour caractériser des faits sociaux où humains et d’en faire des concepts génériques à distiller en théorie… Non ce n’est pas le propos ici.
Ce que je raconte est le fruit de mon vécu. Il est conséquemment évident que cela se focalise narcissiquement sur mon ego… Mais cela ne dit pas non plus qu’il est surdimensionné ou qu’il prend toute la place. C’est juste que je décris ce qui s’y passe. Je fais en sorte, dans la mesure de ce que je contrôle, que l’ego lui même ne débarque pas trop dans le propos… Juste la description que j’en fais…
Par contre si tu me décrivais ce que tu appelles « contenu », peut-être que je saurais te satisfaire !
Non vraiment… C’est dommage que tu fermes, que tu plies bagages !
Bien à toi
al.
ça n’a rien de de personnel ami AL , je mesure très bien la chance que j’ai de t’avoir comme lecteur et commentateur , je suis comme toi ( je pense ) un etre tres psychologique, et j’estime que nous avons pas mal de points communs , trop meme ,
en toi je me vois , et je te le cache pas , parfois j’ai la » trouille » , c’est dingue mais c’est ainsi , un effet de miroire qui m’a fait prendre conscience de mon unitilité !
il me reste à te remercier pour ta bonté et ta franchise
t un vrai un gentleman
@ Zalamite …
Je t’assure je ne l’ai pas perçu comme »personnel » ! ![]()
Attention je vais être retord …^^… Si tu estimes qu’on est semblables, jusqu’au miroir, si tu te trouves inutile, tu me trouves inutile ! . ?… Bien entendu je m’amuse…
Mais tu ne devrais pas être aussi dur avec toi. Vraiment… Laisse ce plaisir aux autres… Et surtout fais leur confiance pour être sans pitié. Bien entendu je te laisse la responsabilité de tes choix. Je voulais juste te parler comme à un ami !
« Inutile » dis-tu ?… Il me serait honorable d’être aussi inutile que toi… Qui sait j’en deviendrai sûrement plus utile que ce que je ne saurais jamais l’être !
Vraiment le plaisir est pour moi !
Bien à toi
al.
je suis mort de rire : )
si tu m’envies même mon droit de porter un jugement sur ma propre personne c’est que retord tu l’es
je suis conscient de mon inutilité , ça veut pas dire que je le suis , je peux l’etre , mes écris l’etaient surement ,
on peut tout faire des mots , les manier jongler avec ,
torde le sens des mots pour se faire plaisir
est il si honorbale que ça !!
Bien a toi ami AL
@ Zalamite
Ah mais là j’avais prévenu que j’allais être retord !
Bien à toi
al.
zalamite, ce sentiment je l’ai vécu et parfois me re visite. tous , enfin je pense, nous passons par des moments de doute… LE DOUTE EST LE CHEMIN DE LA VERITE… pensée descartienne, je ne vole rien là….sourire.
al, ce que j’aimerais saisir cette main qui se tend à moi! merci de me réconforter. ..
Sourire détourné, sensation contournée, l’impression mugit ton respect au vide. Espace épargné par les gabégies du « consentir », hospice des pensants lucides, il dispense plénitude et sagesse à ses hôtes bien intentionnés.
Honni(e) soit celui ou celle qui « mal pense », usage dégradant de la noblesse en « hommage » à la faiblesse concédée.
AL, lapide moi sans hésitation si je cède au mauvais sens.
Ta trame de fond subit tous les climats. Pourtant elle ne fond pas.
Normal, c’est du fait « Humain »…
Bonne continuation et Merci pour le fil et le saint esprit.